Pendant ce temps là, la fin du monde monte sur scène et fait quelques pirouettes
Mettons que j'ouvrirais le journal ou ce qu'il en reste et que je verrais des femmes avec de faux seins et du maquillage jusqu'aux oreilles écarter les jambes au milieu des articles sur les problèmes des abeilles ou sur les bombes qui dispersent à chaque instant les molecules qui constituent des êtres humains. C'est pourtant bien l'impression que donne les hommes politi... euh non pardon, de ceux là tout le monde se fiche... plutôt ces articles constamment sur l'intelligence dite artificielle. Ils en sont à me raconter que leurs perroquets vont tuer l'humanité tout entière, comme si disons ils étaient des chercheur en physique des particules qui venait de découvrir le fil à découper la matière_
Si je resume, les pauvres singes que nous sommes et qui voient actuellement la physique des choses fossiles menacer de les faire cuire ou mourir de faim, inventent encore quelque chose pour prolonger l' illusion de leur empire sur la nature. Et cela marche si bien que les bourgeois qui tiennent les discours de consensus dans les journaux, autant dire les vieux, se comportent comme des adolescents en train de lire Nietzsche.
Je vais noter quelques faits simples et jouer moi aussi ma Cassandre. Attention voici que je monte sur scène dans mes grands voiles mélés de sang et d'insomnies.
D'un côté nous avons des milliards d'humains qui a minima vivent avec de l'eau, du riz et quelques oiseaux de passage. De l'autre côté nous avons quelques millions d'ordinateurs qui dépensent une energie proportionnelle au volume d'information qu'ils combinent. Donc ceux qui ont intérêt aux seconds essaient de convaincre les premiers que leurs machines sont indispensables, alors bon, si ce n'est pas tout de suite du moins plus tard, car nous en sommes sûrs, puisqu'on vous le dit, vous êtes sourds ou quoi, la preuve a été apportée par des spécialistes de la spécialité: ces systemes seront conscients comme vous et moi dès demain. Votre cognition, saviez vous, n'est pas différente des ferrailles en question. On vous aura sans doute mal expliqué. C'est même pire, nul en calcul mental, pas fichu de mettre au net un texte sans scories, ta cognition est bien mal barée.
Ainsi chacun est amené à croire que c'est inéluctable et met sa petite pièce dans la machine de hasard. Le début d'une religion en somme pour tous ceux qui n'ont pas vu que leur cerveau est en réalité la machine la plus économe et la plus efficace dans les conditions réelles de la vie sur terre et pas comme une chose inerte branchée à un réseau de centrales nucléaires. Toutefois, c'est assez sérieux dans le sens qu'il suffit d'y croire pour que cela finisse par arriver, les martyrs dans le cirque romains, les lions et tout le bazar. Et il suffit également qu'il y ait une poignée de fascistes pour utiliser cette croyance répandue à des fins de contrôle généralisée et d'enrichissement. Les hauts palais en Italie, l'inquisition et tout le bazar.
Nous sommes tellement cons que cela me parait tout compte fait possible. Voici les valeureuses étapes.
Etape 1 : Toute la planète découvre que son discours est infiniment moyen et qu'il n'est même pas nécessaire de faire un effort pour atteindre cette moyenne, si bien qu'on accepte bien volontiers de déléguer sa médiocrité à des usines voraces et recevoir en échange une version encore plus médiocre de son expression, mais bien présentée, avec les compliments perpétuels du jury qui te pompe ta vie en douceur.
Etape 2 : Les usines à information moyenne tournent à plein régime mais perdent de l'argent par montagnes entières. De plus la quantité de matière informationnelle issue du monde réel et extraite par les humains historiques commence à manquer, puisque les humains ne créent plus rien ces feignasses. Par conséquent, ceux qui ont mis tout leur argent dans l'affaire commencent à paniquer puis ils canalisent cette panique en payant des femmes nues au milieu des pages de journaux. Quoi de mieux sinon dire que le système est si puissant qu'il va nous tuer tous si nous ne collaborons pas ? On commence par dire qu'il y a un ennemi quand on veut recruter de nouveaux soldats.
Etape 3 : Chacun est contraint de porter sur lui un appareil qui est entierement branchés sur les machines de retraitement informationnelle, et, de plus, de payer un abonnement de facto . Car il n'existe plus de machine personnelle qui ne soit pas associée à l'IA officiel, car tous les modèles open sources ont été interdits en raison des attentats et des nouveaux virus créés en laboratoire qui ont fait des ravages. Ceux qui refusent n'appartiennent plus à la société, pas plus que ceux qui n'auraient pas de voiture dans une ville traversée par des autoroutes. Ainsi l'économie des usines à vent se trouve stabilisée, chacun fait desormais partie d'un vaste système d'intelligence collaborative, comme ils disent. Ceux qui étaient encore plus moyens que la moyenne perdent leur bullshit job au profit d'un meta bullshit job. Pendant un temps coincé entre le seigneur et le seigle, puis entre le patron et la forge, puis entre le clic du bureau numéro un et le clic du bureau trois, on se retrouve à pas bien comprendre entre quoi et quoi on est coincé mais rien ne change fondammentalement dans la coincitude.
Etape 4 : Les ours blancs envahissent le Danemark et puis pardon je me trompe : en parallèle à la société de contrôle où chacun vit paisiblement à condition de ne pas faire d'expériences dangereuses avec son terminal personnel, des laissés pour compte, des fous ou des fascistes complets qui veulent la mort de qui-vous-voulez-au-choix implantent des systemes génératifs dans des processus guerriers tels que des drones mais aussi dans des rouages techniques variés, tant et si bien que sans parti politique,sans discours clair, ni banderoles qui font peur ou rire, sans chef ridicule, une poignée de gens transforment depuis leurs convictions déconnectées de tout une vie quotidienne en forme de guerre civile un peu molle, un drone tombe qui par ici, un réseau tombe qui par là et l'histoire se termine ainsi : non pas des robots qui se construisent eux mêmes à grands frais - encore que dans les religions on ne sait pas qui va s'agenouiller devant quel tamagoshi - mais des abrutis qui se passent les nerfs, comme c'est l'usage depuis toujours. Le droit ? Quel droit ? C'est l'IA qui fait le droit, par ailleurs mauvais pour les affaires. Ensuite, ça plus ça, un clou chassant une autre catastrophe, il résulte qu'on ne s'est pas beaucoup préoccupé de ce qu'il n'y a plus beaucoup à manger.
Etape 5 : Je ne sais quel sursaut politique à lieu à la recherche de coupables pour tous ces désordres. S'ensuivent des guerres en bonne et dûe forme pour faire payer la facture à qui-vous-voulez-au-choix, simplement maintenenant toutes les bombes deviennent intelligentes : il s'agit de smart-bombes qui poursuivent une smart-faune et la faune plus tellement smart à vrai dire, à force, court en tous sens comme des lapins sans chasseur identifiable, se met à espérer qu'une bombe nucléaire dite tactique permette d'en finir un bon coup avec qui-vous-voulez-au-choix. Ce qui à la fin, arrive donc et là tout redevient tranquille pour un bon moment.
Cela me fait penser que je devrais me lancer dès demain dans une séries de dystopies fascistes en prévision des merveilles populistes qui ne manqueront pas d'arriver à mes oreilles d'ici l'année prochaine. La meilleure façon d'accuser son chien d'avoir la rage c'est encore de le tuer sur le champ.