Magdalena Maladie Chronique
Cette histoire a commencé à Rolle en Suisse. Un jour on a apercu JLG avec sa femme sur glouglou maps, à peu près au moment où de mon côté j’étais en train de me résoudre à ne plus vouloir comprendre les mille raisons que différentes femmes avaient de ne pas vouloir comprendre un seul mot de ce que je leur disais, en échange d’affinités. Ce qui fait à mon avis qu’on a une chance de parler bien et d’être estimé de tout le monde et particulièrement des êtres avec lesquelles on souhaiterait conclure toute une série d’affinités, c’est d’aller au cinéma, au moins. Le cinéma étant ce qu’il est devenu- parlant - on peut normalement le lire sans devoir avoir de bonnes oreilles et l’écouter sans entrer dans les détails visuels, ensuite faire des discours dont le caractère décousu ne sera pas un problème car l’on vient à peine de nous sortir du bain chaud de l’expérience dite commune, prétendument immersive et forcément distrayante. Ce qui, soit dit en passant, aura permis à certains cyniques d’opérer des déboitements sémantiques dignes des meilleurs cambriolages sans empêcher en rien la formation des couples mous réunis autour d’un verre gluant. Il est sympa, elle se dit, quand même, ce Jean Michel, il est gentil, il va au cinéma, il est plein d’idées, on a toujours un truc à se dire et je ne vous fais pas un dessin pour la suite. Donc bref j’ai commencé à finir de croire en l’homme, c’est à dire à la femme qui est en moi, quand j’ai fini d’aller voir des filles au cinéma. Toutefois, je me souviens de quelques films qui n’étaient pas advenus pour faire de la figuration. Des films prise de tête comme ils disent. Ceux qui restent quand on leur a enlevé l’image. Parmi eux, que je ne reverrai certainement jamais puisque je suis dans ma dernière année, je me souviens d’un dimanche où j’avais vu CHRONIK DER ANNA MAGDALENA BACH et la neige dans Paris, dans cet ordre. Eh bien la semaine dernière seulement j’ai compris de quoi il s’agissait. Des conditions de possibilité du film je ne sais presque rien, cependant j’ai compris la blague et même si ce n’est pas une blague. Par quel chemin je suis arrivé à Rolle sur internet, je ne sais plus non plus mais je me suis souvenu de JLG et puis que Straub aussi y étais. De fil en Rollex et d’aiguilles en Roliflex, me voilà découvrant qu’en Allemagne on offrit longtemps aux nouveaux mariés un exemplaire d’une autobiographie imaginaire écrite par une femme anglaise intitulée pareillement et qu’il était ainsi prévu d’édifier les époux quant aux charmes de l’amour tel qu’il se fait en Allemagne, soit quelque chose de blond et d’une flexibilité naturellement Luthérienne. Dans le livre en effet le parti pris était de montrer sans trop de fautes historiques la petite histoire de madame telle qu’amoureuse du grand monsieur génial. Et de revoir par voie de conséquence, le film d’il y a 20 ans. Cela me permet de me construire un nouveau résumé théorique de l’oeuvre filmique. Des plan-séquences nous placent in media res, guidé par Magdalena. Ce milieu où nous sommes plongé est austère tout comme supposément la musique si bien que le cadre ne bouge presque pas. Le hors champ est un personnage entier et l’on comprend que c’est un monde peu agréable à tous ceux dont la profession est la musique. Toutefois, il y a la musique. Le parti pris est donc de filmer la musique contre ce qui l’en empêche. Tandis que l’on filme la musique, parfois, puisque nous sommes dans la musique de Bach, on franchit des plans géométriques successifs vers un très perceptible changement de dimension ce qui, dans le film, se manifeste par de légers travellings avant. Et ca suffit. Comme tout, en dehors de la musique, est évidemment faux et le témoignage inventé, j’ai jugé finalement propice l’accent néerlandais de Leonhardt ainsi que les têtes des musiciens viennois probablement mal embouchés. Note pour plus tard, faire la liste des films où l’image n’y est presque pour rien.