Dans, sur, autour la lune puis finalement dans la poubelle
Cher messieurs dames qui dirigez le spectacle des voyages sur et autour de la lune financés par les gens d’amériche,
J’ai été fort déçu par votre dernière performance. On voyait les ficelles. Alors non, j’arrête tout de suite ce débat : n’allez pas croire que je m’imagine ce que vous croyez que je m’imagine car j’ai la preuve dans ma cuisine que l’union zoviétique a vraiment existé par conséquent l’alunissage. Il s’agit d’un petit pot en porcelaine DDR acheté à une dame de Liepzig qui par son indéniable provenance m’indique que si un alunissage a été confirmé par un ennemi mortel qui existe vraiment c’est forcément qu’il a eu lieu. Je suis en effet un garçon réaliste. Si mon petit pot à lait est réel alors l’alunissage l’est aussi. N’aurais je pas en ma possession ce petit pot dans un placard de ma cuisine, peut être aurais-je douté de la lune elle même. Car je ne suis pas de ceux qu’on attrape facilement avec des lampadaires design accrochés dans le ciel, voyez vous. De nos jours avec toutes ces soucoupes volantes qu’on voit partout, on n’est plus sûr de rien. Mais la n’est pas le sujet, je m’égare.
Ce que j’appelle vos ficelles tient à votre manière d’embarquer le rôti de l’aventure dans le four du spectacle. Je comprends parfaitement que les temps soient durs et qu’il vous soit bien difficile de convaincre vos tutelles de l’intérêt des micro organismes au fin fond d’un satellite de Jupiter, qu’il soit donc indispensable de montrer d’abord quelques cow-boys faire des bulles de savons la tête à l’envers dans des vaisseaux spatiaux, pour autant vous pourriez un peu mieux soigner le travail et montrer des astronautes qui aient moins l’air de voyageurs de commerce. Vous êtes vous seulement mis à la place des spectateurs des saisons précédentes ? Dans les épisodes que vous qualifiez volontiers d’historiques vos gars constipés étaient partis avec des engins bricolés un coup ça marche un coup non, contrôlé par des ordinateurs à la ramasse, selon des trajectoires bonnes à vue de nez, remplis avec du cosmogol razibus et puis aussi trois tristes sandouiches et un appareil photo pas trop bien maitrisé, soit une forme d’improvisation dispendieuse qui fournissait d’emblée un sens épique naturel à toutes ces gesticulations pour trois cailloux lunaires qu’on aurait ramassés de toutes manières par des moyens plus simples. Les rois de la bricole du monde libre sont partis vers la Lune. Ca se bouscule à l’entrée de la discothèque pourtant abandonnée. C’est une question de principe. Le premier qui s’y dandinera sera pas une tapette. A ce moment là peu importait que les premiers hommes aient été locaces comme des huitres et fins comme des meneurs de vaches à paitre car une certaine gloire provenait sans doute de leur aventure. Ainsi que dans les westerns, le premier rôle occupé par le paysage dispense les galériens poussiereux de la parole. Sans doute eut il été souhaitable qu’ils vinssent flanqués d’aèdes aux paroles ailées pour les aider à supporter le poid d’un esprit guerrier, comme on dit au supermarché, mais enfin on comprend retrospectivement qu’au prix payé pour chaque gramme de cervelle, le pilotage des fusées était encore préférable. Mais aujourd’hui, messieur les régisseurs, mesdames les régisseuses, quel spectacle espériez vous monter en peaufinant si peu le jeu de vos acteurs ? De vous à moi Il décolle plus de fusées que de chiens pris d’une envie de pisser. Chacun se félicite d’avoir dans sa poche l’équivalent de 1000 voyages dans la Lune possibles, ce qui, nous dit la réclame, permet une navigation fluide dans les applications tendances. Et puis personne ne croit plus un seul instant que le théâtre va s’écrouler sur les acteurs. On sait que vous avez fait des bouquets avec les ordinateurs, que tout cela passe son temps à vérifier constamment que tout est constant constamment. On sait aussi que la même fusée a fait ce même tour de la Lune l’autre jour sans que l’absence de qui que soit à bord n’ait fait d’ombre au plus petit des boutons, à la moindre de manivelle. Cela m’échauffe les soupapes, sachez le, que vous ayez tenté de me faire croire à la nécessité de descendants communs aux singes nos parents pour prendre des photos incroyables de l’endroit où la lune passe du jour à la nuit. Pitoyable également vos arguments comme quoi c’est à nouveau la course. Ah bon, ont dit les Chaïnisses, vos nouveaux ennemis mortels, nous n’étions pas au courant d’avoir jamais été inscrit à cette course, toutes nos excuses pour le malentendu et bonne journée. Magnanime, je vous avait laissé une chance de faire bonne figure. J’ai en effet les idées larges s’agissant de l’espace. Je me suis concentré comme tout le monde sur les drames fécaux en gestation lorsqu’au premier acte, après un lancement le premier avril, l’unique casus belli entre la terre et le ciel était une cuvette de toilette. Si c’était le seul drame possible eh bien soit, songeai-je. Les éléments étaient minces mais on sentait bien le filon. Qui pilote ? Monsieur. Qui s’occupe des toilettes ? Madame. Donc finalement, aurait dit la dame pipi, ce sera toujours donc comme ça, monsieur fait le malin au volant de sa bagnole neuve en pincant le nez tandis que c’est toujours les mêmes pauvrasses qui s’occupent des couches et de tout le bazar. Elle aurait écarté les bras, les bords de la fusée pas grande auraient fait boom, un bouton rouge se serait allumé à Youstone. Monsieur l’aurait regardé de biais. Le spectateur déglutit dans son fauteuil. Tu te rends compte, Bob, pour une fois le gars peut pas aller faire un tour. Drame entre quatre toles. Et si c’est ma faute à moi si c’est bouché le premier jour ? Il dit. Les affaires ses compliquent, on le sent. Ne quittez pas. Vont ils profiter du black out côté sombre pour régler quelques comptes ? Ou bien seulement relire le script au calme ? Eh bien vous n’avez rien établi qui irait dans ce sens. Au lieu de quoi, il y eut des conférences de presse sur la mécanique des fluides indignes lancés dans le vide spatial plus une manoeuvre pour montrer le croupion de la capsule au soleil en vue d’en faciliter le transit. Plus tard, à la fin de la mission, le spectateur désolé de ces tièdes rebondissements comprendra qu’un théâtre de cette sorte n’était pas possible, les astronautes étant en effet selon vous des poètes lyriques sur le thème de la terre comment qu’elle est belle et comment qu’elle est unique et comment qu’on devrait l’aimer et nous aimer et que ça nous vient dès qu’on la voit d’où qu’on est. Fatigués sans doute par leur oeuvre poétique récitée en direct sur internet, nous aurons pu admirer leur grand corps fourbus être hissés dans deux hélicoptères différents (pourquoi pas quatre ? bande de poules mouillées) en vue de parcourir les quelques centaines de mètres qui les séparaient d’un immense bateau et de parcourir péniblement le pont un à un comme à la distribution des prix, saluant la foule invisible, soulevant la casquette. Mais quel navet votre film. Je vais être obligé d’aller sur la lune tout seul. J’irai avec une cuvette sous le bras pour vous faire honte ensuite je coloniserai cet astre. J’irai avec un copain pour envoyer les photos de mon colon et de ma colonisation subséquente. On y verra également un clown avec un pistolet à bouchons tirer quelques salves dans votre direction et c’est cela que l’histoire retiendra car les histoires, savez-vous, c’est moi qui les fais.