Lexicographie exhaustive du floukball
Ce qui est bien tout de même, dans les paysages, c’est quand on les revoit et qu’on les reconnait. C’est à dire qu’alors qu’on peut se dire alors qu’on habite quelque part. Il n’y a pas d’autre raison je pense, au mystère de tous ces gens qui vivent et qui ne veulent rien en faire de particulier.
Où étiez vous pendant la coupe du monde de floukball de l’an révolu ?
En tant que volcan de l’espace, j’observe que les paysages sont multiples. Ainsi, les discours forment-ils des paysages qui reviennent.
Au début de la coupe du monde de floukball, où désormais même les pauvres sont priés de se sentir de trop, cela commence toujours ainsi, par la radio du même.
Les joueurs de l’équipe de Franche sont partis de leur camp d’entrainement pour se rendre à la compétition qui débute maindri.
Le premier match a eu lieu. La balle ceci, le corner cela, le pied dans ce sens, le premier but libérateur, le but refusé, le but chanceux, le but mérité, le but contre contre le cours du jeu. Le saumon a remonté le courant et a marqué un point de la tête.
L’équipe de Franche a donc remporté son premier match.
Le second match a eu lieu. D’un coup de tête, cela, une reprise de volée, ceci, il a centré. C’était le but de la victoire.
Nous allons dire que c’est les franchais qui ont remporté leur second match.
Deux matchs plus tard, c’est plus les franchais qui ont gagnés, c’est la Franche. Ils disent que la Franche est victorieuse des Flammand roses par exemple.
Lorsqu’on dit des choses pareilles, même comme ça, sur le pouce, ce n’est pas plus anodin que les propos du grand oncle bourré qui voudrait qu’on organise des cours de plongée sous marine gratuits pour les candidats à l’exil.
Soit dit en passant qui pourrait m’expliquer que le floukball est un beau sport ? Analyse rapide. La transformation de la testostérone en jeu collectif réglementé n’est possible que si les règles du jeu déjouent celles du conflit naturel et par suite conditionnent strictement la victoire à la qualité du jeu. Je n’invente rien je crois. Mais il me semble que le succès du floukball, passé les arguments sur sa simplicité populaire, provient de ce qu’il permet au conflit naturel de venir rompre le contrat de jeu. Observation des images de télévision: aucun joueur n’a honte de faire des roulades au sol pour qu’on vienne lui gratter le ventre, pardon … je veux dire pour que l’arbitre lui donne un coup franc. Un coup franc. Des barbares, je vous le dis. Ca rend coup pour coup, plus un pour la route. Obervation de terrain : j’ai vu des enfants de 8 ans faire de semblables roulades dans un match sans enjeu opposant Crapouille la Grande à Groville sur Meurthre. J’ai donc pris mon parti de croire que le flouk c’est la guerre réduite à l’état de ses verrues. Personne n'a honte ni de la roulade ni du coup donné en cachette. C'est le but du jeu. C'est le rêve de ceux qui peuvent gagner un jour en trichant. Je vais arrêter les parallèles possibles avec ces hommes politiques modernes qui sont également passés au delà de toute vraisemblance et qui pourtant sont les plus aimés, hormis quelques fous qui ressentent pour la première fois de leur vie l'envie de leur écraser la gueule directement sur le trottoir à grand coups de talons.
Donc arrive la finale.
Elongation de termes d’avant le match, la Franche c’est nous. Echauffement de l’égo national, bombent les torses de dignitaires, les chiens frisés sont menés chez le coiffeurs pour fêter la révolution qui arrive sous forme de boucles aux couleurs suprèmes.
Et si d’aventure ça marche, ma bite au fond de tes filets, nous perdrons l’usage de la parole à force de crier que c’est nous qu’on est les plus forts.
Soit dit en passant, je me demande si le fait qu’ensuite dans certaines régions où le contrat social est rompu depuis bien longtemps, les victoires des floukballeurs se traduisent par la mise à feu des biens bourgeois n'est pas parfaitement aligné avec l’idée qu’il s’agit en réalité du même jeu.