grand-sédimental ---- 09 août 2026
 

End of the Road Movie

 

Comment pour se soigner d'avoir vu Nolan sombrer il advint que je vis Wenders à la télévision publique allemande, cela s'est joué à peu de choses. Dans un effort étrange des deux cotés du Rhin pour amener à eux des publics susceptibles de tenir encore sur leurs deux jambes et de voir encore leur pieds tout en se tenant debout, il y a semble t il toute une série de productions qui se rapportent au cinéma disons soft où l'on voit des sujets psychologiques très régionaux s'épanouir, campé par des acteurs qui semblent avoir une sorte de capacité théorique à faire rire chacun de soi même, soit le sujet de ma curiosité. J'observe que les productions françaises sont généralement plus précises dans les descriptions mais souvent conçues pour rire au dépend de quelqu'un tandis que les productions allemandes sont assez grossières souvent mais partagent de manière plus égale la dérision qui s'abat sur les acteurs. Le marasme doit être assez grand au bled pour que je finisse par trouver les allemands finalement plus légers.

Mais reprenons. Wim Wenders est un allemand devenu tout ce qu'il y a de plus restons poli qui a tourné trois films au début de sa carrière qui vont peut être rester car il y avait à mon avis quelque chose : une déprime mise en image au rythme de la déprime, un plan après l'autre, lentement, sans jamais ne rien perdre de vue dans le cadre. Au milieu du marasme un peu de blues américain + quelques effets sortis du cinéma d'avant garde de l'époque. Je vais noter une phrase célèbre : les road movies sont des plans qui tiennent la route. Je viens d'inventer cette phrase mais je suppose qu'elle est célèbre, puisqu'elle est facile.

Et voilà donc que Wim Wenders a remis cela avec un truc japonais intitulé -a perfect day- Japonais parce qu'il se passe à Tokyo mais aussi parce que cela essaie de faire un peu comme Ozu, un peu comme Mizogushi, un peu comme Wenders-le-jeune également. L'histoire d'un bourgeois déclassé si préoccupé d'ontologie qu'il mène une vie solitaire de récureur de toilettes publiques. Cela guérit bien de Nolan mais sans non plus faire repousser les lueurs de la lune vague ni les pantalons à pattes d'éléphant. Tous les ingrédients originaux sont bien là mais servis dans le désordre. Et oui quelque chose empêche même Wim Wenders de faire des plans qui tiennent une certaine durée. Je me demande bien pourquoi. Sans doute est-ce là chose devenue intolérable ? En revanche non, rien n'empêche Wim Wenders de faire un film sur le quotidien d'un agent d'entretien mutique. Sans doute cela suffit pour désaouler un peu.

En somme un geste de création triste. Les films jeunes montraient des losers qui finissaient par perdre leur propre trace et c'est cette trace qui tenait la caméra en place, pas l'histoire. Ce film de vieux montre donc un vieux qui suit sa propre trace, tourne en rond, passe des musiques qui passaient dans le film jeune quand on filmait la perte d'horizon, intercale des rêves qui étaient également intercalés mais de maniére plus organique, prend des photos du ciel comme à l'époque les reporters perdus sans sujet, ce qui nous donne à la fin du mignon nostalgique, auto référencé. Cela dit c'est situé au Japon avec ses acteurs et ses vertiges culturels spécifiques qui, même avec ce travail de recomposition muséale (à noter la figure du bouffon, pièce parfaitement rapportée au milieu du film), procure quelque chose d'intéressant à voir dans sa maison de retraite. Je ne compte pas me souvenir de l'épiphanie du héros de ce film car la ficelle ne passe pas dans l'estuaire. Grace soit faite à la télévision publique allemande si après s'être enquillé les histoires de vaches récalcitrantes dans les campagnes bavaroises, les fêtes de la bière à neu neu ou le retour de la cousine de Berlin, on ramasse des grabataires écroulés de rire à dix mêtres de leur lit d'avoir finalement lu Lucien de Samosate pour faire comme dans le film de Wenders.

Note pour plus tard : savoir si c'etait une manie du cinéma d'il y a dix ans de ne permettre qu'aux récureurs de toilettes et aux conducteurs de bus de regarder par la fenêtre ? Note de situation. Le film était disponible en allemand ou bien, pour ceux qui trouveraient inapproprié que les gens de Tokyo puissent seulement parler allemand, en version sous titré pour les sourds. Ils se sont dit sans doute, qu'à considérer l'âge des spectateurs, autant nous économiser une étape. Se figurer un spectateur japonais devant l'un des films allemands historiques dans la même situation, contraints de lire en gros caractères jaunes que les oiseaux pépient dans les arbres qui bruissent tandis que les oiseaux pépient dans les arbres qui bruissent à l'écran. Je suis partisan de ne plus jamais tourner un film de cinéma et de nous concentrer sur ce qui compte dans la vie soit les séries, les marques et les pipoles.